N° 2092 ) Des mecs comme Alain Basile, vous n'en croiserez pas tous les jours et pas à tous les coins de rue. Mais à ROUBAIX.

Publié le par Quinquine1159

Il faut le voir(ce n'est pas Alain Basile ) derrière son comptoir, à côté de ce portrait de Nietzsche par Edvard Munch, s’illuminer à l’évocation de ses lectures. Il faut l’entendre parler des grands classiques français, parcourir les siècles, élargir aux écrivains russes, allemands, américains. Tous ces auteurs l’ont tant inspiré. Il semble intarissable.

« Quand on tient une épicerie, pendant de longues heures, c’est une forme de confinement avant l’heure. Tous ces romans qui aspirent à la liberté, tous ces grands voyages, ça m’a beaucoup marqué », dit-il en citant l'écrivain Kerouac.

Dans une épicerie, surprenant de voir ce portrait de Nietzsche par Munch

Dans une épicerie, surprenant de voir ce portrait de Nietzsche par Munch

À force de lire, l’épicier a eu envie de libérer sa plume. Progressivement. « J’ai d’abord écrit des notes, des sortes d’aphorisme », dit-il.

Mais il avait des choses à raconter, inspiré par son vécu et ce qu’il décrit comme « (ses) années de jeunesse un peu chaotiques et turbulentes », entre la fin de la scolarité et sa vie d’épicier.

Alors il s’est mis à écrire une auto-fiction, qu’il qualifie d’auto-biographie romancée.  « Ce sont beaucoup de choses que j’ai vues, entendues, ressenties. C’est un condensé de mes années d’errance. En me posant au magasin, j’ai pu avoir un regard sur ces années. Je me suis dit que je pourrais les raconter. »

L'épicier devenu écrivain

L'épicier devenu écrivain

Son manuscrit terminé il y a un an et demi, Djamel CHERIGUI l’a envoyé à plusieurs grandes maisons. Les éditions Jean-Claude Lattès l’ont contacté le lendemain de la réception pour qu’il intègre leur label littéraire La Grenade, dédié aux nouvelles voix.

« Je pensais que c’était une blague au début », se souvient l’écrivain roubaisien. Car le créateur du label, qui venait de lire et d’apprécier le texte, l’avait appelé en se faisant passer pour Alain Basile, l’épicier du roman qui forme avec le jeune narrateur un improbable duo.

« On veut faire entendre ces nouvelles voix, ces gens qui racontent un autre monde qui est au coin de la rue », explique Mahir Guven, séduit par le style de l’écrivain et la passion qu’il transpire. « On a des profils jeunes, de moins de 40 ans. La majorité sont des gens qui ont fait des études. Avec Djamel c’est un profil rare. »

N° 2092 ) Des mecs comme Alain Basile, vous n'en croiserez pas tous les jours et pas à tous les coins de rue. Mais à ROUBAIX.

Editions Jean-Claude LATTES OUVERTES SUR TOUS LES DOMAINES DE LA CURIOSITÉ CONTEMPORAINE DEPUIS 1968

 

Rare parce que c’est aussi l’histoire très positive d’un homme qui s’est affranchi des barrières, d’un épicier qui a cassé les codes pour accomplir son rêve.

« Je ne me sentais pas légitime. J’ai énormément douté », confie Djamel CHERIGUI.

Ce premier roman, très réussi, lui donne aujourd’hui une parfaite légitimité de romancier.

Djamel CHERIGUI dans son épicerie, avec son livre

Djamel CHERIGUI dans son épicerie, avec son livre

Et le voilà ce premier roman, sur le comptoir, entre les barres chocolatées et les briquets, posé devant le sourire de l’épicier, en attendant de le retrouver dans les librairies. 

"La Sainte Touche" y sera le 3 mars. Presque un jour de paye. La Sainte Touche signifie le jour de la paye.

« La Sainte Touche », Djamel Cherigui, aux éditions JC Lattès, 19 euros. 

N° 2092 ) Des mecs comme Alain Basile, vous n'en croiserez pas tous les jours et pas à tous les coins de rue. Mais à ROUBAIX.

L’écrivain est fier de montrer l’œuvre à ses clients, premiers témoins de sa passion dévorante pour la littérature.

« Pendant les longs temps morts que laisse l’épicerie, je me suis mis à lire, explique le Roubaisien de 35 ans qui tient le Parvis depuis 7 ans. J’ai parcouru un peu tous les siècles. Ce sont les écrivains qui me conseillaient. »

Comprendre qu’au fil de ses lectures, les grands auteurs le guidaient vers d’autres écrivains.

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C’est un après-midi presque ordinaire au Parvis, la petite épicerie de la Potennerie à ROUBAIX.

L’objet interpelle les clients qui entrent, observent, interrogent le commerçant. « Ah c’est toi ! Allez ? », s’exclame un jeune homme, après avoir scruté la couverture.

Oui, ce livre est bien celui de l’épicier du quartier.

 

Quartier de la Potennerie à ROUBAIX

Quartier de la Potennerie à ROUBAIX

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G
Réconfortant de voir quelqu'un qui s'instruit, approfondit son savoir et exprime une expérience personnelle. Réconfortant de na pas l'apercevoir penché sur son portable à lire de commentaires absurdes le plus souvent et d'une banalité extrême. Bravo à cet écrivain.
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Q
Vraiment intéressant cet homme, qui vit pourtant dans un environnement pauvre et proche de jeunes qui, comme tu dis, sont toujours avec leur portable ou sinon s'ennuient. Son livre mérite de la publicité.